L'année 2026 devait être celle où j'augmentais les distances, prendre l'habitude de faire du 100K avant en 2027 de s'essayer au 100M.
Mais après une grosse blessure en février, j'ai du revoir mes plans différemment.
J'avais donc à coeur de faire au moins un format long au cours de l'année, mais pour autant je n'avais pas envie d'enfiler un énième dossard pour finir par être déçu de ma performance, puis les courses disponibles en fin de saison ne sont pas légions.
Du coup, pourquoi ne pas traverser mon Luberon si cher à mon coeur d'Est en Ouest, sur la trace empruntée par Andy Symonds et Luuk Chambeyron ? Hormis la partie orientale de Villeneuve jusqu'au Col de l'Aire qui m'était inconnue, tout le reste je le connaissais dans les moindres détails.
J'ai donc positionné la veille de mon départ l'équivalent d'un pack de Cristalline et un pack de St Yorre le long du parcours à des endroits stratégiques (Col de Montfuron, Col de l'Aire, une bouteille à la Tour Télécom, en bordure de la "Combe" de Lourmarin et un dernier ravito au 74ème dès lors que l'on sort des sentiers pour rejoindre la route de la Forêt des Cèdres. J'ai préparé en conséquence 4 sachets de congélation portant chacun le nom du ravito, chacun comportant l'équivalent de 65/70gr de glucides par heure prévues. Quatrième sachet que je ne consommerais pas au final.
Je suis donc partie de Villeneuve samedi peu après 6h avec 4 flasques au cas où, dont seulement 3 remplies, la quatrième déjà fournie en poudre en prévision du ravito suivant, à la frontale.
J'avais décidé de temporiser au mieux jusqu'à la Combe de Lourmarin (km 59) car je savais que les 30 derniers kilomètres étaient les plus exigeants. Les premiers kilomètres défilent assez bien sur un rythme que je jugerais prudent, je sens que les jambes sont là mais j'ai peur d'exploser en vol si je n'en garde pas davantage sous la pédale, un peu comme j'avais fait sur le Tour des Dentelles.
Les sentiers de ce Luberon oriental sont en sous-bois, ca se court bien, les montées sont progressives, il n'y a pas de raidard, beaucoup de DFCI mais avec la pluie battante, difficile de s'enflammer.
Je m'étais prévu deux scénarios, un raisonnable en 11h40, et un plus agressif en 10h58, juste pour passer sous les 11h. Au col de Montfuron, je suis dans les temps du 11h40 et au Col de l'Aire j'ai 10 minutes de retard sur cette même prévision. J'arrive donc sur des sentiers plus familiers, le Grand Luberon, la pluie a cessé et les portions empruntées sont suffisamment caillouteuses pour ne pas être imbibées d'eau. J'arrive à l'Antenne assez frais et j'aborde la longue redescente vers la Combe, dont la dernière partie est très abrupte.
Arrivée à la Combe, il s'agit maintenant d'aborder le Petit Luberon, mon terrain d'entrainement mais j'ai peur de quelques endroits qui à mon sens peuvent être dangereux par temps pluvieux avec un tel kilométrage dans les jambes.
Je me surprends à bien réagir en montée, ça coince davantage en descente, tout l'inverse de d'habitude mais la tête est là. Les kilomètres défilent plutôt bien jusqu'à surplomber la fameuse Arche du Portalas, s'ensuit une redescente piégeuse, mal tracée et très broussailleuse pour rejoindre le sentier bleu qui fut un vrai calvaire par ce temps, difficile à cerner, extrêmement glissant, je me perds un peu en contrebas de la Grotte des Vaudois mais je remonte tant bien que mal vers la Roque des Bancs pour amorcer la longue route de la Forêt des Cèdres.
7,7km exactement où je jette tout ce qui me reste à un rythme que je ne pensais pas pouvoir tenir, je sors les écouteurs pour la première fois depuis le départ car pour la première fois du tracé, c'est monotone, c'est de la route, c'est plat, rien qui me plait :) puis redescente en sous bois vers les Taillades, les buissons sont chargés d'eau, je suis trempé jusqu'à l'os mais l'énergie est là, j'ai le sub 11h en ligne de mire. Les Gorges de Badarel sont comme prévues, dangereuses et glissantes, c'est technique, les chevilles sont mises à rude épreuve, il faut carrément descendre une échelle incrustée dans la roche pour conclure cette traversée en beauté, je les avais faite une fois par temps sec c'était déjà le bordel mais là c'est autre chose :).
Dernière petite bosse avant de basculer définitivement vers les Taillades.
Ca y est, j'ai fait l'intégralité de ma colline dans sa longueur, rien que le fait d'évoquer Manosque jusqu'à Cavaillon (grosso modo) me parait absolument dingue et on ne parle "que" de 88kms, trop banalisés par les temps qui courent.
Au final le tracé est somptueux, on passe par tout un panel de paysages et de type de terrain pour finir par ce qui se fait de plus sauvage. Le Petit Luberon reste pour moi le plus beau des trois pour sa variété de paysages, sa technicité et son exigence.