J’ai décidé de réaliser la Trans'Alpes dans le sens Sud-Nord pour commencer par les étapes les plus difficiles. En cas de présence de neige importante, il est plutôt conseillé de faire cette traversée dans l’autre sens. J’ai évolué seul du début à la fin. J’ai juste eu de l’aide par téléphone ou par messages satellite de la part de ma femme quand j’en ressentais le besoin.
La trace que je propose ici comporte toutefois quelques modifications par rapport au topo-guide.
Je suis passé par le col de la Longue en lieu et place du Pas du Corborant. Il était trop tard pour m’engager seul et de nuit dans ce passage difficile. J’ai pris la variante des Chemins de l’Énergie pour rejoindre le refuge des lacs de Vens.
Dans le secteur de Val-d’Isère, je suis passé par le passage de Picheru pour rejoindre le lac du Saut et effectuer l’ascension de l’aiguille de la Grande Sassière. Je n’ai pas fait le col de l’Argentière.
Suite aux événements météorologiques du 4 août 2026, le secteur du cirque du Fer à Cheval est fermé par arrêté préfectoral, selon la météo annoncée. Lorsque j’arrive à Sixt, le 12 août, le secteur est en vigilance jaune pour risque d’orage. L’accès au site étant fermé et ayant une vue sur l’orage en formation, je décide de passer par Samoëns et de rejoindre mon itinéraire au col de Coux par le GR5.
J’ai effectué ce parcours en 381 h 31 min, soit 15 jours, 21 heures et 31 minutes. Il comporte 700 km, 46 762 m de dénivelé positif et 46 301 m de dénivelé négatif. J’étais en semi-autonomie. J’avais avec moi un sac de 5,2 kg hors eau et nourriture, dont vous trouverez le détail ici : lighterpack.com/r/iiuz5f
Étape 1 : Menton – Refuge des Merveilles – 54 km – 4 198 m D+
Mercredi 29 juillet :Départ à 19 h 20 de la rosace symbolisant le kilomètre zéro. Je m’arrête manger une pizza près de la gare avant de poursuivre en direction du col du Berceau. J’installe mon bivouac pour une courte nuit un peu avant le col. Je reprends cette première étape vers 5 h 30 en direction de Sospel, puis du refuge des Merveilles. Cette étape ne comportait pas de difficultés techniques. Mon sac pesait environ 12 kg en ce début d’aventure. La forte chaleur et l’absence d’eau sur le parcours ont rendu cette étape difficile et j’étais content d’arriver au refuge.
Étape 2 : Refuge des Merveilles – Bivacco Jacques Guiglia – 50,9 km – 4 128 m D+
Vendredi 31 juillet : Je pars de nouveau vers 5 h, car cette étape s’annonce très difficile. Je déjeune à la Baisse de Valmasque avec une vue sur le lac du Basto. La vue est superbe. Je poursuis avec l’ascension du Pas d’Agnel. C’est très technique : je mets 1 h 40 pour faire 3 km. Même constat plus loin avec le Passaggio dei Ghiacciai del Gelas. La montée vers le Passo del Brocan finira par bien m’achever physiquement. J’y passe vers 19 h 50, je suis déjà bien rincé dès la 2e étape. Je repère sur ma carte le refuge Franco Remondino, à environ 2 km. Je descends le plus vite possible pour essayer d’avoir un vrai repas, car j’ai bien tapé dedans aujourd’hui ! J’arrive vers 20 h 30, tout le monde a déjà mangé !
Je supplie une serveuse de me donner un repas. Elle m’invite à patienter et va voir ce qu’il reste en cuisine. Elle revient et me dit que c’est bon. Elle me dresse un coin de table et m’apporte tout ce dont j’ai besoin. Je suis tellement reconnaissant envers leur gentillesse ! Merci ! Elle me demande si je veux dormir ici, mais je lui explique que j’ai prévu 15 jours pour faire la Trans’Alpes et que je souhaite continuer vers le bivouac Jacques Guiglia pour y passer la nuit.
Je suis bien reboosté. Je descends en trottinant vers le refuge Regina Elena, puis remonte de nuit vers le bivouac. J’arrive à plus de minuit, je ne trouve pas le bivouac et je n’ai pas de réseau pour trouver sa position exacte sur l’image satellite. J’installe donc mon bivouac pour une deuxième nuit bien méritée.
Étape 3 : Bivacco Jacques Guiglia – Refuge de Rabuons – 50,5 km – 3 194 m D+
Samedi 1er août : Je me remets en route vers 5 h, car j’ai de nouveau une étape très difficile qui m’attend. Je n’ai plus d’eau et je n’en trouverai que 2 h plus tard dans un torrent. J’atteins la caserne Massimo Longà vers 8 h et prends le temps de visiter cet imposant édifice datant de la Première Guerre mondiale.
Je me badigeonne de crème solaire avant d’attaquer la Baisse de Druos et le Pas du Loup. Je poursuis en direction de la cime de la Lombarde, puis redescends vers le col du même nom où je prendrai un repas au snack présent sur place, où se bousculent cyclistes et motards. J’achète cinq bouteilles d’eau, puis je prends la direction du lac de Santa Anna.
Je rejoins ensuite le col du Saboulé par des chemins militaires, puis je passe hors sentier en direction de la tête Rougnouse. La vue est grandiose, mais la difficulté est bien présente par endroits. Je redescends ensuite au Passo del Bue, qui s’avère assez vertigineux. Je fais très attention à mes appuis, puis redescends en direction du col de la Guercha.
Il commence à être tard et j’ai déjà presque plus d’eau. Je décide de passer par le col de la Longue pour ne pas faire le Corborant de nuit. Je demande à ma femme, par satellite, de contacter le refuge de Rabuons pour avoir un repas et réserver une nuit. On lui indique que le refuge est complet. Ce sera uniquement possible s’il y a des désistements.
Je m’accroche. Il est 18 h et j’essaie d’accélérer en me disant que j’aurai au moins un repas. Malheureusement, je craque dans la dernière montée : plus d’énergie, plus d’eau et j’ai mal partout. Dans la descente vers le refuge, j’ai même des hallucinations. Je vois des arbres bouger et venir sur moi, alors qu’il n’y a pas d’arbre ici. J’arrive à 22 h, exténué. Le gardien refusera de me donner à manger. Je peux tout de même dormir dans le dortoir, c’est déjà ça.
Étape 4 : Refuge de Rabuons – Larche – 38,45 km – 1 569 m D+
Dimanche 2 août : Après une courte nuit, le moral n’est pas très bon ce matin. Le petit déjeuner n’étant servi qu’à partir de 7 h, je ne pourrai pas partir très tôt aujourd’hui. J’essaie de bien manger pour refaire le plein d’énergie, puis je me remets en route vers 7 h 30.
Pour la première fois depuis le départ, j’ai une bonne dizaine de kilomètres à la même altitude, environ 2 400 m. Le sentier est très facile. Quel plaisir de pouvoir courir un peu ! Je suis incroyablement surpris par mon état : hier soir, j’arrivais à peine à marcher, j’ai dormi à peine plus de 4 h et là, je cours à 7 km/h de moyenne. Le corps humain est incroyable !
J’atteins rapidement le lac et le refuge de Vens. Je pousse fort en montée jusqu’au Pas de Morgon en passant par le col du Fer. Les sensations sont excellentes, les paysages superbes, je commence à rentrer mentalement dans l’aventure !
Une longue descente à travers les alpages, puis je remonte en direction du Pas de la Cavale. Il me reste 15 km pour atteindre Larche. J’alterne marche et course pour ne pas arriver trop tard et espérer trouver une épicerie ouverte. Des orages sont prévus ce soir. Je me ravitaille et m’installe au bar pour recharger mes équipements numériques et me reposer un peu.
Je redécolle vers 20 h pour aller bivouaquer au point d’appui 1893, qui domine la commune. Il pleut assez fort. Je patiente dans le bunker, puis je m’installe pour manger et dormir.
Étape 5 : Larche – Refuge de la Blanche – 48,31 km – 3 638 m D+
Lundi 3 août 2026 : Je démarre vers 6 h 30, j’avais besoin de dormir un peu plus. Le parcours est très isolé aujourd’hui. Mon premier objectif est l’ascension de la tête de la Frema (3 200 m). Je passe successivement le col de la Portiolette, le col du Vallonet et le Pas de la Couletta.
Il y a un peu plus de monde aujourd’hui. Ça me tire un peu et je m’amuse à rattraper les gens devant moi. J’arrive au col de la Gypière vers 11 h et j’attaque la montée vers la tête de la Frema en mode rapide. Une personne arrive tout de même à me suivre. On en rigole arrivé en haut.
Je redescends ensuite sur le bivouac Barenghi. J’ai à nouveau presque plus d’eau, la source est tarie, une de plus. Je prends de l’eau dans une bouteille pour faire cuire ma semoule.
L’InReach m’annonce un orage vers 15 h. Je dois passer le col Infernetto avant, alors je m’active un peu. Je me rationne en eau. C’est vraiment sec ici et l’eau stagnante des lacs ne m’inspire pas confiance.
Je passe le col Ciaslaras vers 14 h 30. Des nuages noirs commencent à se former, la vue est bien bouchée, dommage. Je redescends en direction du lac homonyme, puis atteins rapidement une grosse rivière. Je me rends compte que c’est l’Ubaye. Les émotions me submergent : j’ai enfin quitté le Mercantour.
Le sentier devient plus facile. Il y a de la terre, des racines, des feuillus ! Je trouve enfin de l’eau, mais j’ai de nouveau très faim. Il est 15 h. Je demande à ma femme de contacter le refuge de la Blanche pour avoir un repas ce soir et un pour le lendemain midi.
Je m’accroche pour garder un bon rythme. Il me reste le col de la Noire à passer. J’utilise mes dernières forces pour avancer. L’orage gronde, il pleut, j’ai peur. Je poursuis malgré tout. La montée est difficile, mais je m’accroche.
Je reçois un message satellite. C’est ma femme qui m’indique que le refuge refuse de me donner à manger. Ils sont complets et ils me conseillent de passer par Saint-Véran… La blague !
Je suis abattu, mais je garde un petit espoir et je trottine dans la descente. Ils refuseront tout de même de me servir un repas, et il est interdit de manger à l’intérieur. Hop, dehors dans le vent !
Je suis trop fatigué pour entamer une négociation. Je sors me préparer un repas, puis je pars installer mon campement au milieu des tentes. J’ai l’impression d’être dans un camping.
Étape 6 : Refuge de la Blanche – Camping de Valpréveyre – 32,51 km – 1 871 m D+
Mardi 4 août : C’est dur de se lever ce matin. Je décolle vers 7 h 30 après avoir déjeuné dans le tarp. Il fait froid et humide, tout est trempé.
Je monte au col Saint-Véran en passant par les lacs Blanchets. C’est brumeux aujourd’hui, on ne voit pas grand-chose. Je passe le Caramantran, Chamoussière, puis je redescends vers la route du col Agnel.
Je monte au col Vieux et redescends vers le camping La Monta pour y acheter de la nourriture pour les quatre prochains jours. Il est midi, alors je m’y installe pour manger. Au menu : burger-frites, quiche et crudités.
Je remonte ensuite au col de la Lauzière pour redescendre sur le camping de Valpréveyre en passant par la crête de Gilly. Il se met à pleuvoir et un orage approche. Je préfère m’arrêter là et partir tôt demain matin.
Étape 7 : Camping de Valpréveyre – Refuge Arlaud – 53,71 km – 3 428 m D+
Mercredi 5 août : Je quitte le camping vers 5 h 30 en direction du col de Bouchet. Les jambes répondent bien aujourd’hui. Je déjeune avec une vue sur le mont Viso.
Je repasse en Italie par le col de Valpréveyre pour entrer dans le Piémont. Passage par les cols Frappier et Clapis, puis longue descente vers Pragelato, où je m’arrête pour profiter des commerces et prendre un bon goûter.
Je passe le col Lauson en début de soirée, puis je redescends vers Salbertrand. Je m’arrête manger au refuge Arlaud, où je suis très bien accueilli. Le bivouac est interdit ici, alors je vais dormir dans la chapelle sur les conseils du refuge.
Étape 8 : Refuge Arlaud – Camping Les Balmasses – 46,13 km – 2 934 m D+
Jeudi 6 août : Aujourd’hui, je dois rejoindre un ami au camping des Balmasses, qui fait la traversée des Alpes en gravel. J’aimerais arriver tôt pour profiter un peu de la soirée avec lui, donc je décolle un peu avant 5 h.
Je passe Salbertrand de nuit, puis je commence la remontée vers le refuge Candido. Il me reste 3 km et 1 300 m de dénivelé pour atteindre le col d’Ambin.
Arrivé là-haut, je suis accueilli par une famille de bouquetins, puis de chamois. Je refais un petit déjeuner et profite de la vue et des chamois.
Je redescends vers le lac, puis le refuge d’Ambin. Je passe ensuite le col du Mont-Cenis, le Pas de la Becca, puis je redescends au camping de Lanslebourg-Mont-Cenis, où je retrouve mon ami Vincent.
Étape 9 : Camping Les Balmasses – Val-d’Isère – 38,82 km – 2 581 m D+
Vendredi 7 août : Vincent décolle vers 7 h. Moi, je voulais me reposer un peu ce matin, alors je prends mon temps pour ranger mes affaires et faire quelques courses. Je rachète de la crème solaire et de la viande séchée.
Le premier défi du jour est l’ascension de la pointe du Grand Vallon. J’y accède par le refuge du Cuchet, puis par une trace hors sentier. L’ascension finale est très difficile, mais la vue sur le glacier de la Vanoise vaut le coup !
La descente est très raide dans du schiste en mouvement. Je rejoins plus loin le refuge de la Femma, le col de la Rocheure, puis Val-d’Isère.
Je mange dans une pizzeria. Le gérant m’indique un lieu de bivouac sympa derrière la centrale hydroélectrique.
Étape 10 : Val-d’Isère – Nazondaz – 31,64 km – 2 761 m D+
Samedi 8 août : Décollage vers 8 h, petit arrêt à la boulangerie, puis je prends la direction du passage de Picheru. J’atteins le lac du Saut vers 11 h 30, puis départ pour la Grande Sassière. Le temps est magnifique aujourd’hui, c’est parfait pour monter aussi haut.
La montée n’est pas très technique, mais je n’ai pas de jambes aujourd’hui. J’arrive en haut vers 15 h, je mange tranquillement en observant la vue à 360°.
Après la descente, je reprends l’itinéraire en direction du Nord. Je m’arrête vers 20 h avec une très belle vue sur le glacier de la Gurraz.
Étape 11 : Arpy – 47,45 km – 2 741 m D+
Dimanche 9 août : Je repars vers 6 h en direction du refuge de l’Archeboc, puis du Ruitor. Une très belle étape aujourd’hui, avec beaucoup de lacs et de rivières. Le lac de Bella Comba est vraiment grandiose.
Je passe le col de Tachuy, puis le col de la Croix pour redescendre sur Arpy. Un violent orage se déclenche. Je me réfugie dans un centre de vacances, où je pourrai manger.
Je m’installe ensuite près d’une maison inoccupée pour la nuit.
Étape 12 : Arpy – La Fouly – 48,52 km – 3 204 m D+
Lundi 10 août : Décollage de nouveau à 6 h pour redescendre sur Morgex. Je vais déjeuner et recharger mon matériel dans une sorte de boulangerie.
J’attends 8 h 15 pour me rendre dans un supermarché afin de me ravitailler pour les quatre prochains jours. J’attaque une longue montée vers le col d’Aoste pour redescendre sur le refuge Bonatti. Je prends une partie du TMB jusqu’à La Fouly.
Étape 13 : La Fouly – Vallorcine – 42,56 km – 3 308 m D+
Mardi 11 août : Une belle étape de montagne aujourd’hui, direction le col de la Breya, puis la fenêtre d’Arpette. Descente jusqu’à la cabane de Trient, puis direction le col de Balme par le Tronc du Berger.
Un violent orage sur cette section m’oblige à m’abriter. Je passe ensuite le col, puis le col des Posettes, avant de redescendre sur Vallorcine.
Étape 14 : Vallorcine – Refuge de la Golèse – 45,8 km – 2 932 m D+
Mercredi 12 août : L’étape commence par une belle montée vers le mont Buet. La vue sur le massif du Mont-Blanc est grandiose. Arrêt croissant pour l’anniversaire d’une randonneuse avec qui je partage la montée.
La liaison vers le refuge de Grenairon est assez technique. Ensuite, je redescends sur Sixt, je passe par Samoëns, puis rejoins le refuge de la Golèse en suivant le GR5.
Étape 15 : Refuge de la Golèse – La Chapelle-d’Abondance – 39,03 km – 1 873 m D+
Jeudi 13 août : Je profite de la vue du col pour déjeuner avant de partir. Passage au col de Coux, puis direction le refuge de Chésery, où je profiterai du lac pour me baigner.
Arrêt tarte aux myrtilles au refuge de Trébentaz, puis descente vers La Chapelle-d’Abondance.
Étape 16 : La Chapelle-d’Abondance – Meillerie – 33,02 km – 2 402 m D+
Vendredi 14 août : Belle étape de montagne pour la dernière journée. Petit déjeuner avec lever de soleil au col de la Vernaz, ascension des Cornettes de Bise, puis direction les dents d’Oche.
Passage assez technique, mais équipé de chaînes. Je redescends par le refuge, traverse une station de ski, puis je descends sur Meillerie.
Le débarcadère marque définitivement la fin du parcours. Une baignade dans le lac Léman est bien méritée !