FKT: Alexis Trougnou - Kilimanjaro (Tanzania) - 2026-02-20

Athletes
Route variation
Rongai up & down
Multi-sport
No
Para athlete
Yes
Gender category
Male
Style
Supported
Start date
Finish date
Total time
1d 2h 41m 22s
GPS track(s)
Photos
Report

FKT – Kilimandjaro – Voie Rongai – 26h41

26h41 pour l’ascension et la descente du Kilimandjaro par la voie Rongai.

Mais ce record est avant tout une aventure humaine et un message.

Je suis déficient visuel et malentendant, puisque je suis porteur du syndrome d'Usher, maladie génétique dégénérative de la vue et de l'audition. Avec moins de 5° de champ de vision, je vois comme à travers une paille. Dès que la lumière baisse, je suis dans le noir complet. La nuit, je ne vois rien. En montagne, cela signifie que chaque pas est un acte de confiance absolue. Chaque pierre, chaque marche, chaque trou, chaque racine, chaque rigole peut devenir un obstacle si l’information n’arrive pas au bon moment.

Ce projet, “Le Kilimandjaro pour voir plus haut”, porte une conviction forte : le handicap visuel est souvent invisible, mais il est bien réel. Trop souvent méconnu. Trop souvent sous-estimé. Pourtant, il ne doit jamais devenir une limite que l’on s’impose.

Avant la tentative, nous avons réalisé six jours de reconnaissance et d’acclimatation, avec une première montée au sommet. Cette phase a été essentielle pour comprendre le terrain, adapter l’effort et affiner la stratégie. Le plan était précis : départ à 16h de la porte Rongaï pour effectuer la majeure partie de l’ascension de nuit, atteindre le sommet au lever du jour, puis réaliser toute la descente — la partie la plus technique et la plus exigeante pour moi visuellement — exclusivement de jour. Un ravitaillement nous attendait à 4 700 m, au camp de Kibo Hut : une soupe chaude pour nous réchauffer, reprendre des forces et enfiler les tenues adaptées avant d’attaquer la section sommitale.

Les points clés ont été atteints : Gilman's Point vers 6h30,  Stella Point vers 7h30 et enfin Uhuru Peak à 8h35.

La météo a été clémente, avec seulement un court épisode pluvieux en début de montée. Globalement, les conditions étaient favorables — un facteur déterminant à cette altitude. Mais ce FKT repose avant tout sur un collectif engagé et parfaitement coordonné. Vanessa Marc Morales et Florent Marc ont joué un rôle absolument central. Ils se sont littéralement reliés à moi. Connectés en permanence. Chaque information était transmise avec une précision extrême, sans en oublier une seule : pierre, marche, trou, racine, rigole, bloc instable… Rien n’était laissé au hasard. Ils ont été mes yeux dans l’obscurité. Mais surtout, ils ont été ma force dans le doute. À plus de 5 000 mètres, lorsque l’oxygène se raréfie et que le mental vacille, ils ont su maintenir la clarté, l’énergie, la dynamique et aussi me booster quand il le fallait. Leur engagement physique et mental a été total.

Au départ, deux guides — Freddy et Devo — ainsi qu’un porteur, Suliman, se sont élancés avec nous depuis la porte Rongai. À 4 700 m, un troisième guide, Joseph, ainsi que deux autres porteurs nous attendaient. À partir de là, Joseph et Devo ont poursuivi jusqu’au sommet avec nous, accompagnés des deux porteurs présents à Kibo Hut. Ensemble, nous avons atteint Uhuru Peak, puis nous sommes redescendus tous ensemble jusqu’à la porte Rongai.

Ce record est collectif. Chaque relais, chaque présence, chaque mot d’encouragement a compté. 26h41, c’est un chiffre. Mais derrière ce chiffre, il y a une chaîne humaine soudée par la confiance. Ce FKT est une performance sportive. Mais c’est surtout un message : le handicap visuel peut être invisible, mais il ne doit jamais masquer l’ambition, l’engagement et la capacité à voir plus loin que ses contraintes. Voir plus haut n’est pas une question de champ de vision. C’est une question de confiance, d’équipe et de courage partagé.