FKT: David Fournel - GR70 Chemin de Stevenson (France) - 2026-05-24

Athletes
Route variation
Standard route
Multi-sport
No
Para athlete
No
Gender category
Male
Style
Supported
Start date
Finish date
Total time
2d 19h 19m 33s
GPS track(s)
Report

(This report is copied and pasted from my blog https://vo2-factory.com/record-chemin-de-stevenson-gr70/ )

 

Mon Stevenson : De la quête du FKT à l'exigence de finir

Quand j’ai planifié ce défi sur le Chemin de Stevenson (276 km et près de 8 000 m D+), ma grille horaire était calibrée pour aller chercher le record. La première moitié de course a validé cette stratégie de manière incontestable : après 24 heures d'effort, j’avais encore 1h30 d’avance sur les bases d'un chrono final de 48 heures. La machine physique était parfaitement réglée, les allures maîtrisées.

Pourtant, la suite du parcours a dressé une série de barrières imprévisibles qui ont définitivement enterré mes espoirs de FKT, m'imposant une profonde et nécessaire remobilisation psychologique pour passer d'un objectif de chrono à un objectif de "finisher".

Le choc thermique et l'enfer mécanique

La première alerte est venue du sol. Derrière un profil qui semblait "roulant" sur le papier, j'ai trouvé un terrain extrêmement cassant et usant, qui a sollicité mes articulations de manière traumatique à chaque foulée. Courir sur ce type de revêtement impose des contraintes musculaires radicalement différentes des sentiers techniques de mon Briançonnais.

À cette usure mécanique s'est ajoutée une chaleur caniculaire étouffante sur les deux journées. Très vite, la dérive cardiaque s'est invitée et mon corps est entré en surchauffe. Ma rigueur de coach a dû reprendre le dessus : pour ne pas casser la machine, j'ai dû accepter de réduire le rythme de marche ciblé et me suis imposé 3 changements complets de tenue pour évacuer le sel, la sueur et stabiliser ma température corporelle.

La guerre des nerfs : balisage et chiens de ferme

L'exercice du FKT exige de coller scrupuleusement à la trace officielle déposée. Ce fut un gouffre temporel et mental. Le balisage réel sur place ne correspondait plus du tout à la trace numérique, les chemins étant parfois abandonnés ou non entretenus. J'ai perdu entre 3 et 4 heures à chercher mon itinéraire, à douter et à faire des demi-tours.

Le facteur le plus usant psychologiquement a sans doute été la rencontre avec des chiens de ferme agressifs laissés en totale liberté. Le bilan comptable de ces confrontations est lourd : 1 heure de perdue à Ussel, bloqué face à la menace, 30 minutes de négociation tendue à Langogne, et une morsure – heureusement sans gravité – reçue au cœur du Gévaudan. En état de privation de sommeil, ces assauts nerveux pompent une énergie monumentale.

Une assistance de masterclass : Laurent et Élodie

Si j'ai franchi la ligne à Alès malgré ce cumul de barrières, c'est parce que ma cellule d'assistance a été irréprochable. Le duo qu'ils ont formé a porté ce projet à bout de bras.

Laurent a été un pacer monumental. Il a partagé mon effort sur le sentier en courant un total de 57 kilomètres à mes côtés. Sa présence m'a permis une décentration psychologique indispensable : alors que j'étais accaparé par la douleur et la recherche de la trace, il réglait le tempo et absorbait ma charge mentale.

À l'arrière, lors des arrêts, Élodie orchestrait les pitstops avec une efficacité chirurgicale. Combinant son rôle logistique et ses compétences d'ostéopathe, elle intervenait dès que l'organisme menaçait de bloquer. Ses manipulations précises ont permis de réinitialiser la machine et de valider à chaque fois mes transitions flash. C'est grâce à cette fluidité que j'ai pu passer en mode gestion de crise et placer stratégiquement une dizaine de siestes de 15 minutes, indispensables pour réinitialiser mon système nerveux à chaque fois que je menaçais de sombrer.

Ce que je retiens

Cette aventure n'est pas celle du record que j'étais venu chercher, mais elle reste une immense victoire sur l'imprévu, la canicule et surtout sur moi-même. En laissant au corps et à l'esprit l'opportunité de s'adapter pour rebondir, j'ai transformé un mur technique en une magnifique leçon de résilience.

Je dédie cette réussite à une personne qui se reconnaîtra. Tout au long de ces journées et de ces nuits de solitude, elle m’a donné une force mentale hors norme. Mon combat pour devenir finisher sur ce sentier reste une victoire absolue.